Bruxelles et les tours : construire l’avenir avec les solutions du passé ?

Ce mardi 16 novembre, la Région bruxelloise a organisé le colloque « Tours et  densité ». Une journée de débats, avec spécialistes belges et étrangers, pour tenter de dégager la réponse à une question centrale : les tours sont elles un bon outil pour répondre, à Bruxelles, aux défis de la ville, dont celui de la densité ? On sait que Bruxelles est une ville relativement peu dense (deux fois moins que Paris par exemple) et que nous devrons augmenter la densité vu le « boom démographique » en cours. Par ailleurs, les projets de tours de 150 à 200 m de haut foisonnent à Bruxelles : tour « Atenor Premium » de logements le long du canal, nouvelles tours de 200m de haut le long de la rue de la Loi pour la Commission européenne, projet Atenor-Victor à côté de la tour du Midi (150m, avec essentiellement des bureaux), tour de la Cité administrative (logement), etc.

La tour du Midi, la plus haute de BruxellesLe moins que l’on puisse dire est que les interventions ont été contrastées, avec quand même une prédominante forte d’intervenants soit très circonspects, soit carrément hostile au tours. Parmi les critiques les plus importantes :

– Les tours ne sont ni écologiques, ni économiques : plus on monte et plus les coûts écologiques et économiques de construction et entretien sont élevés (acier et béton pour supporter la charge – le poids du bâtiment – et le vent), ainsi que les charges liées à l’utilisation (gestion des ascenseurs, de la ventilation et du chauffage, des flux d’eau et de déchets,…) ; une tour est en fait incompatible avec des objectifs ambitieux de développement durable et en tout cas bien moins performante que des bâtiments plus compacts et trapus.

– Les tours ne sont pas nécessairement une bonne réponse à la densité : on peut faire aussi et même plus dense, pour moins cher, on construisant plus bas, en occupant plus d’espace au sol (mais une tour occupe de fait un grand espace au sol, dans la mesure où on estime qu’il doit y avoir à sa base un dégagement égal à sa hauteur).

– Les socles de tours posent la plupart du temps des problèmes : les espaces de dégagements, importants, autour des tours sont rarement des espaces réussis. La plupart du temps, ils sont battus par les vents liés aux effets de la tour même, sont peu conviviaux et peu humains. Ces problèmes ne sont pas insolubles et il existe des exemples réussis, mais il faut bien admettre qu’on y est pas encore arrivé à Bruxelles…

– Les projets de tours sont portés par de gros promoteurs, forcément bien plus soucieux de rentabiliser au maximum leurs terrains (construire haut permet, avec le même espace au sol, de faire plus de m² à revendre ensuite) que de l’intérêt collectifs et la qualité de vie des habitants. Or, à Bruxelles nous n’avons encore aucun outil urbanistique permettant de « gérer » la question des tours, de planifier,… Il vaut donc mieux avoir d’abord, rapidement, une réflexion globale et de donner ces outils avant d’accepter plic-ploc les projets de tours poussés par les promoteurs.

– Une bonne part des projets de tour concernant, en tout ou partie, du bureau, alors que la Région souffre déjà d’une pléthore, d’un trop-plein de bureaux.

Les avantages des tours sont relativement peu nombreux pour une ville comme Bruxelles et se résument surtout à des aspects culturels et de marketing urbain (gestes architecturaux, image « moderne » de la ville,…).

Mais cela ne signifie évidemment pas que nous ne devions pas réfléchir à la densification de la ville : augmentation de hauteur de certains bâtiments actuels, nouveaux bâtiments qui pourraient par endroit être plus hauts que le bâti traditionnel bruxellois (jusqu’à des hauteurs raisonnables, de l’ordre de 30-40m par exemple), réaffectation en logements et équipements collectifs de bâtiments vides, détection des réserves foncières mobilisables, etc.

Mercredi 10 novembre dernier, j’ai interpellé Charles Picqué à ce sujet, en m’appuyant sur des questions relatives aux positionnement de la Région par rapport au projet « Atenor-Victor » de tours de 150m dans le quartier du Midi. La RTBF  a consacré un billet au débat.

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3 réflexions sur “Bruxelles et les tours : construire l’avenir avec les solutions du passé ?

  1. Bonsoir,

    Je ne crois pas qu’il faille – ni qu’il soit possible – d’édicter une doctrine générale concernant la construction en hauteur.

    * Le coût de construction doit être comparé aux éventuelles économies de déplacement. C’est l’impact écologique global d’un bâtiment qui est intéressant, ce qui intègre les matériaux de construction, la construction elle-même, le chauffage, les flux de circulation interne… mais aussi les déplacements générés par ce bâtiment. De ce point de vue, on peut penser qu’une tour sur un noeud important de transports en commun peut avoir du sens. À l’inverse, une maison passive à 30 kilomètres d’un centre-ville, avec trois bagnoles pour se déplacer, est une hérésie complète (et savoir que ce type de projets est soutenu par des primes publiques me fait m’arracher les cheveux).

    * Concernant la densité, la tour n’est effectivement pas la seule solution pour l’augmenter, mais là encore, il y a des choix à faire : si la création d’une tour permet de libérer de l’espace au sol pour un espace public dans un quartier qui en manque, ça peut valoir le coup d’y réfléchir.

    Bref, je pense qu’il vaut mieux définir des critères d’acceptabilité d’une tour, tenant compte de sa localisation, du contexte en général, de sa fonction, faisant une part importante à son impact paysager (et donc à la qualité de son architecture, i.e. à l’organisation de concours), plutôt que de parler des tours en général.

    François

    • Bonjour François.
      Je souscris en partie à tes remarques. Concernant les critères qui font qu’on estime qu’un projet de tour est opportun ou non, j’ai précisément interpellé Charles Picqué là-dessus, mais sans obtenir de réponse : la Région bruxelloise n’a pas de critères pour estimer le degré de pertinence des projets de tours… elle fait du cas par cas. Le compte-rendu parlementaire est disponible ici : http://www.weblex.irisnet.be/Data/Crb/Biq/2010-11/00009/images.pdf (à partir de la page 20).
      Pour le reste…
      Quel que soit l’endroit où on localise une immeuble, plus ou monte haut et plus il y a de problèmes environnementaux liés à la construction comme l’occupation de l’immeuble. Mais sur le fait qu’il faut densifier la ville et lutter contre l’éparpillement et la « suburbanisation anarchique », on est bien d’accord.
      Concernant le fait que construire en hauteur permet de libérer du sol pour d’autres fonctions… C’est une des principes fondamentaux de la charte d’Athènes (1933), largement remis en question depuis lors. Sans rentrer dans un débat théorique, il faut quand même constater que relativement rares sont les réussites d’esplanades situées au pieds de tours; a fortiori dans les villes anciennes européennes.

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