Interdiction illégale des filles voilées dans le supérieur : Laanan constate mais ne bouge pas

Une école de promotion sociale à Uccle, l’académie des Beaux-Arts de la ville de Bruxelles, la Haute Ecole de la Province de Liège, les exemples fleurissent dans l’actualité d’écoles qui excluent les jeunes filles majeures (de plus de 18 ans, donc) de leurs cours ou interdisent la présentation de leur examen, parce qu’elle porte un voile. Une jurisprudence vient toutefois d’être établie par le juge des référés de Liège qui souligne que le port du voile n’est pas un obstacle à l’enseignement, ni une source de tension en soi. Il n’est pas un obstacle pour la plupart des activités d’enseignement, même s’il peut devoir être enlevé, à titre d’exemple, pour un contrôle avant un examen ou un stage. Le juge rappelle surtout que l’impératif de neutralité de l’enseignement s’impose aux écoles mais pas aux étudiants (le fait que l’école se doive d’être « neutre » ne signifie pas que les élèves doivent l’être).

index

Qu’en est-il dans l’enseignement Cocof ? Deux écoles, Lucia De Brouckère et L’Ecole supérieure des arts du cirque, ont dans leur règlement un article qui interdit « toute forme de couvre-chef, qui affiche une opinion ou une appartenance politique, philosophique ou religieuse ». Les filles voilées n’y ont pas leur place. Ces écoles interdisent le port de signes convictionnels dans leur règlement, arguant du respect du principe de neutralité propre à l’enseignement organisé en Fédération Wallonie-Bruxelles. Or, le juge liégeois, on l’a vu a bien rappelé que ce principe ne pouvait être appliqué aux élèves eux-mêmes.

Un quasi consensus politique, mais une ministre qui ne bouge pas

Comment justifier que des femmes majeures qui décident de porter un voile soient, de fait, exclues de l’enseignement ? Aucun argument – même légal – ne semble justifier une telle discrimination. Ces interdictions touchent quasi exclusivement une frange de notre population déjà fortement fragilisée sur le marché de l’emploi : les jeunes femmes d’origine étrangère. Nul besoin d’ajouter un obstacle supplémentaire à leur intégration sur le marché de l’emploi en limitant leur accès à l’enseignement.

Ce vendredi 14 octobre, j’ai interpellé la Ministre Laanan sur la question au Parlement francophone bruxellois (Cocof). A noter que des députés de sa propre majorité (deux PS et une Défi) sont intervenus dans la même direction, pointant, tout comme moi, l’ineptie de ces règlements.  Mais Mme Laanan nous répond qu’il n’y a jamais eu de problèmes et qu’elle ne changera rien… Il y avait comme un gouffre entre les arguments déployés dans l’assemblée et la position de la Ministre.

Il y a pourtant un moment particulier pour modifier ces règlements: le jugement de Liège qui établit une jurisprudence et de nouvelles recommandations d’Unia (ex-Centre pour l’égalité des chances) poussent à retirer ces interdictions du voile et mettre fin à des discriminations totalement injustes touchant des jeunes filles majeures qui veulent se former et acquérir des qualifications. Il est temps de faire bouger les choses. Et que certains aux PS sortent de postures laïcardes crispées, dont font les frais les étudiantes et étudiants.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s