Aujourd’hui, mon engagement politique est une insulte

opinonvif

En juin 2009, j’ai été élu au Parlement bruxellois. Ecolo avait fait carton plein et je me suis retrouvé, de manière inattendue quelque mois plus tôt, sur les bancs de l’hémicycle. Un changement de vie et de statut : je n’étais plus un employé, mais un politicien. C’est alors que les engagements éthiques que j’avais signés, comme toutes celles et ceux qui étaient sur la liste Ecolo, se sont traduits très concrètement. D’abord, j’ai dû démissionner de mon job. Chez Ecolo, pour les parlementaires, le cumul est interdit avec d’autres mandats politiques, mais aussi avec de l’emploi privé ou public. Une démission, donc. J’avais un préavis à prester, mais même pour ces quelques semaines de cumul, j’ai dû introduire un dossier qui a été traité par le « comité des mandats » : l’organisme interne Ecolo, lié au Conseil de fédération, notre parlement interne, qui surveille et gère la mise en œuvre de nos règles. J’ai pu temporairement cumuler, avec une procédure accrue de rétrocession.

La rétrocession… l’autre balise bien claire et concrète. Chez Ecolo, il y a des barèmes internes, y compris pour les parlementaires. Et tous les montants reçus qui excèdent doivent être rétrocédés au parti. En gros, un parlementaire d’un parti traditionnel touche, en net, dans les 5000 euros par mois (un peu plus s’il preste une fonction spéciale comme chef de groupe ou membre du Bureau du Parlement). La rétrocession actuelle Ecolo est de l’ordre de 2000 euros par mois. On en est donc, suivant l’ancienneté et les situations particulières, à un salaire de 3000 euros net par mois pour les parlementaires Ecolo, plus quelques avantages, le plus important étant la gratuité des transports en commun. C’est un bon salaire, c’est vrai. Mais c’est ce que, chez Ecolo, ont a estimé collectivement correct : un équilibre entre la « valeur » de l’investissement requis par les parlementaires (compétence, disponibilité sur le terrain, dans les parlements et au sein du parti) et le fait que le niveau de salaire doit permettre que les élus ne soient pas déconnectés des réalités. Les élus écologistes ne cumulent pas, ne concentrent pas de pouvoirs. Et ils connaissent le prix du pain.

Mon engagement politique date d’avant 2009. Je suis entré chez Ecolo en 1999, par conviction. Le seul moteur a été de participer à la construction d’une société plus verte, plus juste. J’étais révolté par les abus et les problèmes de gouvernance (d’origine liégeoise, j’y ai vu le PS à l’oeuvre et ses basses manœuvres, partout… rien de neuf aujourd’hui), convaincu par la nécessité de re-démocratiser la société. Soucieux de changer de modèle, de construire quelque chose qui réponde à la dualisation sociale toujours plus importante et aux atteintes toujours plus dramatiques à l’environnement. Ca semble bête à écrire. Et pourtant c’était çà. Et, à vrai dire, c’est toujours çà, aujourd’hui, le moteur de mon engagement. Je ne peux parler pour les autres, mais je suis sûr de ne pas me tromper, en disant qu’il en est globalement de même pour tous les autres élus écologistes. Nous sommes là pour contribuer à améliorer la société, merde. Pas pour s’en mettre plein les fouilles ! Et nos règles s’en assurent, au cas où, car ce n’est pas parce qu’on est Ecolo qu’on est nécessairement paré de toutes les vertus.

De 2000 à 2009, j’ai aussi exercé uniquement des mandats locaux, au CPAS puis au Conseil communal. Comme des dizaines de mandataires de tous partis qui, pour beaucoup, passent du temps, parfois beaucoup de temps, au service du collectif et d’un idéal, sans autre rétribution que de faibles jetons de présence sur lesquels il y a aussi des rétrocessions, en tout cas chez Ecolo.

Je ne veux pas faire pleurer dans les chaumières. Je suis, pour le moment, un privilégié. Mais aujourd’hui, vraiment et plus que jamais, je suis en colère. Par leurs perversions, leurs magouilles, leur oubli de l’intérêt général, leur obsession de pouvoir, leurs accointances malsaines, quelques uns discréditent le politique en général. Depuis des décennies, affaires sur affaires… La coupe est pleine.

Quelles valeurs progressistes peut encore porter, avec un minimum de crédibilité, un parti qui non seulement accepte, mais manœuvre, pour qu’un de ses mandataire accède à un poste où cette personne peut se rémunérer à hauteur d’un million d’euros par an ? Un parti dont le président demande que les trop-perçus mirobolants de la part de ses pseudo-mandataires dans des organes de gestion bidons soient reversés… à la Croix Rouge ? Le problème est que cette perte de sens et de repère, ce dévoiement de l’engagement politique, endossé par les hautes instances du parti en question, mine le politique dans son ensemble. Cet estompement des normes, cette mise en exergue de l’intéressement personnel et détriment de l’intérêt général, en parallèle de la vacuité de plus en plus grande des projets politiques des partis traditionnels (sauf peut être à droite de l’échiquier, malheureusement), mine globalement l’idée même du politique.

A lire et entendre les commentaires des ces derniers mois, mon engagement est devenu une insulte. Notre engagement. Celui des centaines de politiciennes et politiciens, engagés par conviction, qui n’osent même plus se nommer comme tel.

Il est temps que tous les politiciens, tous, fassent de la politique et non plus des affaires. Que des règles éthiques et déontologiques claires et précises soient imposées et mises en œuvre. Rapidement et pas en se cachant derrière d’improbable délais de mise en oeuvre. Elles sont possibles : les écologistes le démontrent depuis plus de 20 ans.

L’anti-politisme ambiant, nourri par les turpitudes et corruptions diverses, affaiblit clairement le système démocratique sans qu’un autre, garant de l’intérêt général, n’émerge. Quand les politiciens rasent les murs, qui occupe le pavé ? A qui la place est-elle faite, sinon des pouvoirs moins transparents encore, qui ne se targuent même pas de l’intérêt général et qui n’ont de compte à rendre à personne ?

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