Aujourd’hui, mon engagement politique est une insulte

opinonvif

En juin 2009, j’ai été élu au Parlement bruxellois. Ecolo avait fait carton plein et je me suis retrouvé, de manière inattendue quelque mois plus tôt, sur les bancs de l’hémicycle. Un changement de vie et de statut : je n’étais plus un employé, mais un politicien. C’est alors que les engagements éthiques que j’avais signés, comme toutes celles et ceux qui étaient sur la liste Ecolo, se sont traduits très concrètement. D’abord, j’ai dû démissionner de mon job. Chez Ecolo, pour les parlementaires, le cumul est interdit avec d’autres mandats politiques, mais aussi avec de l’emploi privé ou public. Une démission, donc. J’avais un préavis à prester, mais même pour ces quelques semaines de cumul, j’ai dû introduire un dossier qui a été traité par le « comité des mandats » : l’organisme interne Ecolo, lié au Conseil de fédération, notre parlement interne, qui surveille et gère la mise en œuvre de nos règles. J’ai pu temporairement cumuler, avec une procédure accrue de rétrocession.

La rétrocession… l’autre balise bien claire et concrète. Chez Ecolo, il y a des barèmes internes, y compris pour les parlementaires. Et tous les montants reçus qui excèdent doivent être rétrocédés au parti. En gros, un parlementaire d’un parti traditionnel touche, en net, dans les 5000 euros par mois (un peu plus s’il preste une fonction spéciale comme chef de groupe ou membre du Bureau du Parlement). La rétrocession actuelle Ecolo est de l’ordre de 2000 euros par mois. On en est donc, suivant l’ancienneté et les situations particulières, à un salaire de 3000 euros net par mois pour les parlementaires Ecolo, plus quelques avantages, le plus important étant la gratuité des transports en commun. C’est un bon salaire, c’est vrai. Mais c’est ce que, chez Ecolo, ont a estimé collectivement correct : un équilibre entre la « valeur » de l’investissement requis par les parlementaires (compétence, disponibilité sur le terrain, dans les parlements et au sein du parti) et le fait que le niveau de salaire doit permettre que les élus ne soient pas déconnectés des réalités. Les élus écologistes ne cumulent pas, ne concentrent pas de pouvoirs. Et ils connaissent le prix du pain.

Mon engagement politique date d’avant 2009. Je suis entré chez Ecolo en 1999, par conviction. Le seul moteur a été de participer à la construction d’une société plus verte, plus juste. J’étais révolté par les abus et les problèmes de gouvernance (d’origine liégeoise, j’y ai vu le PS à l’oeuvre et ses basses manœuvres, partout… rien de neuf aujourd’hui), convaincu par la nécessité de re-démocratiser la société. Soucieux de changer de modèle, de construire quelque chose qui réponde à la dualisation sociale toujours plus importante et aux atteintes toujours plus dramatiques à l’environnement. Ca semble bête à écrire. Et pourtant c’était çà. Et, à vrai dire, c’est toujours çà, aujourd’hui, le moteur de mon engagement. Je ne peux parler pour les autres, mais je suis sûr de ne pas me tromper, en disant qu’il en est globalement de même pour tous les autres élus écologistes. Nous sommes là pour contribuer à améliorer la société, merde. Pas pour s’en mettre plein les fouilles ! Et nos règles s’en assurent, au cas où, car ce n’est pas parce qu’on est Ecolo qu’on est nécessairement paré de toutes les vertus.

De 2000 à 2009, j’ai aussi exercé uniquement des mandats locaux, au CPAS puis au Conseil communal. Comme des dizaines de mandataires de tous partis qui, pour beaucoup, passent du temps, parfois beaucoup de temps, au service du collectif et d’un idéal, sans autre rétribution que de faibles jetons de présence sur lesquels il y a aussi des rétrocessions, en tout cas chez Ecolo.

Je ne veux pas faire pleurer dans les chaumières. Je suis, pour le moment, un privilégié. Mais aujourd’hui, vraiment et plus que jamais, je suis en colère. Par leurs perversions, leurs magouilles, leur oubli de l’intérêt général, leur obsession de pouvoir, leurs accointances malsaines, quelques uns discréditent le politique en général. Depuis des décennies, affaires sur affaires… La coupe est pleine.

Quelles valeurs progressistes peut encore porter, avec un minimum de crédibilité, un parti qui non seulement accepte, mais manœuvre, pour qu’un de ses mandataire accède à un poste où cette personne peut se rémunérer à hauteur d’un million d’euros par an ? Un parti dont le président demande que les trop-perçus mirobolants de la part de ses pseudo-mandataires dans des organes de gestion bidons soient reversés… à la Croix Rouge ? Le problème est que cette perte de sens et de repère, ce dévoiement de l’engagement politique, endossé par les hautes instances du parti en question, mine le politique dans son ensemble. Cet estompement des normes, cette mise en exergue de l’intéressement personnel et détriment de l’intérêt général, en parallèle de la vacuité de plus en plus grande des projets politiques des partis traditionnels (sauf peut être à droite de l’échiquier, malheureusement), mine globalement l’idée même du politique.

A lire et entendre les commentaires des ces derniers mois, mon engagement est devenu une insulte. Notre engagement. Celui des centaines de politiciennes et politiciens, engagés par conviction, qui n’osent même plus se nommer comme tel.

Il est temps que tous les politiciens, tous, fassent de la politique et non plus des affaires. Que des règles éthiques et déontologiques claires et précises soient imposées et mises en œuvre. Rapidement et pas en se cachant derrière d’improbable délais de mise en oeuvre. Elles sont possibles : les écologistes le démontrent depuis plus de 20 ans.

L’anti-politisme ambiant, nourri par les turpitudes et corruptions diverses, affaiblit clairement le système démocratique sans qu’un autre, garant de l’intérêt général, n’émerge. Quand les politiciens rasent les murs, qui occupe le pavé ? A qui la place est-elle faite, sinon des pouvoirs moins transparents encore, qui ne se targuent même pas de l’intérêt général et qui n’ont de compte à rendre à personne ?

L’exercice de la psychothérapie réduit et cadenassé, des institutions menacées dans leur travail

Ce jeudi 30 juin, le Parlement fédéral a voté une loi « réglementant les professions de soin de santé mentale », qui change fondamentalement les orientations de la loi de 2014 sur le même objet, qui elle, était pourtant issue de 15 ans de concertation et largement soutenue politiquement (y compris par Ecolo-Groen depuis l’opposition). Cette fois-ci, la loi fédérale est largement et légitimement contestée par nombre de professionnels et fédérations. Pour Ecolo, Muriel Gerkens, députée fédérale, est fortement monté au créneau contre le texte.

En fait, il s’agit clairement par cette nouvelle loi de réduire le champs de la psychothérapie aux méthodes comportementalistes, au détriment de méthodes systémiques et analytiques. De catégoriser les « bons » psy qui seront plus facilement accessibles et dont les prestations pourront faire l’objet de couverture sociale et remboursement et les « mauvais ». Il s’agit aussi d’inscrire les patients dans des parcours balisés. Or, avec beaucoup d’autres, nous pensons chez Ecolo qu’il est impératif de maintenir un accès optimal, pour tous les publics, y compris les précaires, à une diversité d’approches. Toutes les méthodes psy ne conviennent pas à tout le monde, ni à toutes les situations. L’efficacité globale de la politique de santé mentale repose au moins en partie sur l’existence de cette diversité d’offre thérapeutique.

Les entités, dont la Cocof, doivent réagir !

CmROy-lVIAEU5GPJ’ai interpellé ce vendredi 1er juillet Cécile Jodogne en tant que Ministre de la santé au Gouvernement francophone bruxellois (Cocof). De nombreux services subventionnés et soutenus par la Cocof et les autres entités pourraient en effet voir leur action mise à mal. Je pense aux centres de santé mentale, aux maisons médicales, aux centres de planning familial… Dans ces services, se mêlent des  diversités d’approches psy. Les législations spécifiques liées à ces services, dans le cadre de leur financement, permettent d’ailleurs une pluralité de diplômes pour les professionnels qui s’occupent de la santé mentale. Car il est évident que si les diplômes sont en soi important, ce sont aussi (surtout ?) toutes les formations complémentaires qui jouent, ainsi que l’expérience, pour faire un « bon psy », une « bonne psy ».

Du côté Ecolo, nous avons demandé que les entités fédérées tapent du poing sur la table. Le Gouvernement fédéral n’a en effet mené aucune concertation avec ces entités, tout en élaborant une législation qui impacte directement leurs politiques. Nous pensons que les entités fédérées doivent de toute urgence mettre le point à l’ordre du jour d’un comité de concertation pour, à tout le moins, avoir leur mot à dire au niveau des arrêtés qui mettrons en œuvre cette nouvelle loi, afin d’en réduire les impacts négatifs. Par ailleurs, les voies de recours qui permettraient de casser cette loi néfaste doivent aussi être envisagées dès à présent !

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Le Gouvernement NVa-MR veut prendre en otage les politiques régionales d’accueil des étrangers !

Le Parlement fédéral débat ces jours-ci d’un projet de Loi, porté par Théo Franken, visant les étrangers qui accèdent légalement au territoire et obtiennent un droit au séjour (via le regroupement familial ou en étant reconnu comme réfugié).

L’idée est de leur faire obligatoirement signer une « déclaration d’adhésion aux valeurs de la Belgique », mais aussi qu’ils doivent faire preuve de leur intégration, par exemple via le suivi d’un des parcours d’accueil organisés par les Régions et Communautés. On sent dès lors la volonté forte que le non-suivi d’un parcours d’accueil puisse mener à une expulsion du territoire.

Ce projet repose à notre sens sur deux axes forts :
– les étrangers qui arrivent en Belgique sont de prime abord des « sauvages », que nous devons « civiliser » et dont nous devons en tout cas nous méfier ;
– même s’ils obtiennent un droit au séjour – lui même de plus en plus compliqué à obtenir – il faut se donner par la suite plus de moyens de leur retirer ce droit et donc de les expulser.

Photo primo 3Le Conseil d’État a rendu un avis très dur par rapport à ce projet et soulève moult problèmes juridiques par rapport aux législations internationales mais aussi à des conflits de compétences intra-Belge (les politiques d’intégration relevant des Régions et Communautés). A tel point que les Parlementaires ont obtenu qu’un deuxième avis soit demandé.

De notre point de vue, il s’agit d’un asservissement complet des politiques d’accueil et d’ « inburgering » mises en place par les Régions et Communautés.

Ces politiques ont été mises en place au départ dans une visée d’émancipation : donner aux personnes étrangères les outils pour se débrouiller dans la société belge et y trouver une place via un accompagnement individualisé, des cours de langue et des cours sur la citoyenneté et les institutions (y compris sur des aspects très pratiques comme la loi sur le bail, l’inscription à la commune, le fonctionnement de la sécu et les droits et devoirs liés,…).

En Wallonie et à Bruxelles, ces parcours d’accueil sont juste en train d’être mis en œuvre et la capacité d’accueil des dispositifs est bien inférieure au public-cible. Il n’y a simplement pas assez de places disponibles au regard du public.

La Flandre, la Wallonie et bientôt Bruxelles ont rendu ou rendent ces parcours progressivement obligatoires. Et des sanctions administratives sont prévues en cas de non suivi. Mais jamais, jamais, il n’a été question que la sanction puisse être un renvoi vers le pays d’origine. Les parcours visent à inclure et inciter.

Par ailleurs, la Fédéral déterminera les personnes qu’il vise le plus sur cette conditionnalisation du droit au séjour. Il semble clair que les « expats » universitaires ou travailleurs de multinationales ne seront pas la cible… Et les réglementations internationales ne permettront pas la perte du droit au séjour de réfugiés reconnus. Reste donc celles et ceux qui sont arrivés via regroupement familial. Ce ciblage s’imposera aux Régions et viendra parasiter leur politique. A noter aussi que la Fédéral vise donc à appuyer sa propre politique de séjour sur des dispositifs aux mains des entités fédérées, sans aucune concertation avec elles et en faisant reposer toute la charge financière sur elle.

Il est évident que cette loi fédérale viendrait impacter de manière significative les politiques d’accueil et d’intégration des Régions et Communautés. Elle vient les pervertir.

Alain Maron, député au Parlement bruxellois
Mathieu Daele, député au Parlement de Wallonie
Benoit Hellings, député fédéral

Rénover d’urgence les prisons de Forest et Saint Gilles, abandonner la méga prison de Haren dans le cadre d’un plan prisons global sur Bruxelles

La crise générale dans les prisons, lancinante depuis des années ,demande plus que jamais aujourd’hui des réponses globales et urgentes et cela dans le cadre d’un “Plan Prisons” sur Bruxelles. Des réponses en terme de jusprisontice, mais aussi d’infrastructures.

Or aujourd’hui en Région Bruxelloise, il faut constater que :

– La prison de Saint-Gilles n’est que partiellement rénovée; celle de Forest est dans un état de vétusté extrêmement avancé. Une série de structures et de services, y compris élémentaires, sont défaillants. Les deux prisons sont surpeuplées. Les conditions de détentions sont tellement mauvaises que la Belgique a été plusieurs fois condamnée par des organismes internationaux et qu’elles compromettent gravement une réinsertion réussie des détenus dans la société après leur emprisonnement.

– Le projet de méga-prison à Haren est une ineptie : très coûteux, peu accessible et destructeur des derniers espaces verts dans la Région ainsi que des projets citoyens intéressants.

Personne ne prend de décision dans ce dossier et nous risquons de vivre cet état de délabrement encore près de dix ans. C’est inacceptable !

ECOLO se prononce sur ce dossier pour que:

  • Les options de rénovation-reconstruction de Saint-Gilles et Forest soient approfondies et mises en oeuvre. Elles ont été sur la table auparavant et l’ « opération » Haren semble de toute façon la plus coûteuse (quelques 2 milliards, un partenariat public-privé dont on sait que le coût pour le public est désavantageux).
  • Les besoins carcéraux soient réévalués dans le respect des « Plans de détention » définis dans la loi cadre de 2005 et conformément au « Plan Justice » présenté par Koen Geens qui évoque la lutte contre la surpopulation carcérale dans les priorités et aborde les questions de détention préventive, d’exécution des peines plus adaptées, de transfert des « internés » dans des établissements spécialisés.
  • Les moyens des associations d’aide aux détenus et justiciables soient renforcés pour permettre de véritables réinsertions et un travail qualitatif en prison.

ECOLO est pour une justice dans la ville, pour des Maisons d’arrêt proches des lieux de justice, et donc également dans la ville, pour des prisons accessibles aux familles et aux professionnels de la Justice, et pour de meilleures conditions de détention. Nous devons sortir d’une forme de « Moyen Age pénitentiaire » !

Nous demandons dès lors que le Gouvernement Fédéral se prononce immédiatement et clairement pour une rénovation profonde des prisons de Saint Gilles et Forest (éventuellement reconstruction pour cette dernière) et l’abandon du projet de méga-prison à Haren. Des budgets doivent également être affectés dès aujourd’hui dans des moyens humains et d’accompagnement des détenus. Nous voulons une vision globale pour sortir de l’impasse pénitentiaire à Bruxelles et des solutions pragmatiques, rapidement mises en œuvre, respectueuses de la dignité et qui misent sur la réinsertion. Et non d’impayables projets mammouths qui misent surtout sur le béton.

Evelyne Huytebroeck, députée régionale bruxelloise et conseillère communale à Forest
Alain Maron, député régional bruxellois et conseiller communal à Saint-Gilles
Gilles Vanden Burre, député fédéral

 

 

Un parcours d’accueil, oui. Un parcours d’exclusion, non

Les étrangers doivent s’  « intégrer » ! Voilà un slogan qui tourne depuis des années, tant en Belgique que dans le reste de l’Europe. Mais au-delà de l’incantation et de la responsabilité des pouvoirs publics en la matière, se pose la question cruciale du comment et des moyens.

Nous, écologistes, voulons en Wallonie et à Bruxelles, de véritables parcours d’accueil pour tous ceux qui en ont besoin : primo-arrivants, réfugiés ayant obtenu des papiers, ou même personnes arrivées depuis plus longtemps en Belgique mais n’ayant pas encore trouvé une place réelle dans la société, faute, par exemple, de parler français. . Accueillir et accompagner ces personnes est une nécessité : les investissements d’aujourd’hui dans ce domaine construisent la société de demain. Notre soutien à la mise en œuvre de cette politique est inconditionnel. Tout comme doit être inconditionnel le droit pour chaque personne étrangère d’accéder à un tel dispositif.

liesbetrefugies 2Ces parcours doivent être complets et de qualité. Un « paquet » cohérent qui doit contenir: un accueil et des cours de citoyenneté dans une langue comprise par la personne, un accompagnement individualisé et des cours de langue en suffisance pour atteindre un niveau permettant de se débrouiller dans la société.

Malheureusement, la conjonction d’un certain populisme, poussé par le MR et relayé ensuite par d’autres, avec un manque clair de volonté d’investissement, entraîne les gouvernements wallon et bruxellois vers la mise en place de dispositifs d’ « accueil » à la fois obligatoires ET insuffisants voire inadéquats.

On assiste aujourd’hui à une surenchère de slogans sans conscience de la réalité : pendant que ça joue à qui criera « obligation » le plus fort, 40% de ceux qui veulent apprendre le français ne trouvent pas de place dans les classes. Ce n’est pas des slogans qu’il faut, ce sont des moyens !

Intégration ou exclusion ?

Dans ce contexte, les parcours annoncés comme « d’intégration » prennent le risque d’être au final des parcours d’exclusion. En Wallonie et à Bruxelles, au vu des moyens dégagés, le parcours obligatoire ne pourra accueillir qu’un public cible prioritaire très restreint, excluant ainsi une bonne part du public qui entre sous la définition du primo-arrivant (moins de trois ans en Belgique) ou les exclura de fait par des délais d’attente démesurés. En 2016, Bruxelles ne disposera en effet que de trois bureaux d’accueil (deux francophones et un néerlandophone) alors qu’il en faudrait plus de 20 au vu des 40.000 primo-arrivants correspondant à la définition du décret. En Wallonie, le même processus sera à l’oeuvre : seront exclus, de fait, du dispositif, toutes les personnes volontaires à le suivre mais qui ne rentreront pas strictement dans le public-cible de l’obligation ; par exemple des personnes sur le territoire depuis plus de trois ans ou encore des personnes d’origine européenne. Obliger sans s’en donner les moyens, c’est donc aussi et massivement, exclure.

En Flandre, le système d’accueil appelé « Inburgering » est ouvert à tous ceux qui le désirent. Et près de 50 % du public qui fréquente ces parcours d’accueil n’est en fait pas soumis à l’obligation et vient sur base volontaire.

Toute obligation au parcours ne peut survenir que si les moyens suffisants sont là pour garantir l’accès à tous. Ce n’est pas le cas, ni en Wallonie, ni à Bruxelles.

Par ailleurs, le dispositif wallon, en vue de « gérer » le plus grand nombre de personnes avec un budget réduit, sera au rabais : 20 heures de citoyenneté pour 60 à Bruxelles et en Flandre. 100 heures de français maximum pour 240 et 250 heures en Flandre et à Bruxelles. Sauf exception, les personnes ne sortiront pas avec le bagage suffisant pour se débrouiller… Un comble !

Une surenchère de sanctions

En parallèle d’une surenchère sur l’obligation, on assiste à une surenchère sur les sanctions : la Wallonie ne veut pas se contenter de sanctions administratives comme en Flandre. Elle veut permettre aux CPAS et aux communes de prendre « toutes mesures utiles », dont la diminution des allocations sociales, des personnes primo-arrivantes concernées. Au delà des doutes sur l’efficacité réelle de ces menaces, il s’agit surtout d’une attaque dans les règles des droits sociaux élémentaires, car les CPAS fournissent des aides permettant tout juste de survivre « dignement ».

Il s’agit également d’une consécration d’une forme aiguë d’activation sociale, contre laquelle les francophones unanimes s’étaient élevés, socialistes en tête, lorsque, en Flandre, certains avaient voulu lier l’octroi d’un logement social au suivi du parcours d’intégration… Aujourd’hui, le PS est muet. Il obéit au MR et au CDH et aux logiques issues de dérives populistes.

Alors que, à la faveur de la crise de l’accueil des réfugiés, la Wallonie se réveille de sa léthargie, on attend toujours à Bruxelles un accord permettant de coordonner de manière cohérente parcours d’accueil francophone et néerlandophone sur le territoire. Ecolo et Groen avaient une proposition en ce sens en 2014, qui visait à la fois la coordination, les moyens et l’obligation. Pourtant, aucune obligation possible à Bruxelles sans un tel accord.

Dès lors, sortons de cette surenchère à l’obligation, où chacun joue à qui sera le plus fort dans les mots, mais où les actes concrets – et les budgets – ne suivent pas. Oeuvrons à ce que la Wallonie et Bruxelles offrent, enfin, un parcours complet et de qualité, un parcours qui donne sa chance à chacun, un parcours qui serait digne de s’appeler « parcours d’intégration » ou, mieux encore, « parcours d’accueil ».

Matthieu Daele, député wallon
Alain Maron, député bruxellois

– Le dossier du Soir « L’immigration a des effets positifs sur l’économie », avec l’interview de Mathieu et moi même sur la question de la politique d’accueil (il faut descendre dans la page).
– L’article de La Libre avec l’interview de Vincent Vanhalewyn, Echevin de la cohésion sociale à Scharbeek: « L’obligation du parcours d’intégration n’est pas une réponse à la crise de l’accueil »

 

Ecolo propose un cadre juridique pour favoriser la colocation !

Suppression du statut cohabitant, adaptation de la loi sur le bail, informations et soutiens publics : la colocation, réalité contemporaine, doit être soutenue.

A l’heure où la loi sur le bail d’habitation a été régionalisée par la 6ème réforme de l’État, Ecolo entend répondre aux contraintes et freins injustes liées à la colocation. Cette manière d’habiter concerne des étudiants et personnes dont les revenus ne permettent pas une location « classique », mais nombreux sont aussi les jeunes professionnels ou les seniors qui préfèrent habiter à plusieurs que loger seuls. 300.000 personnes en Belgique (4% de la population) font ce choix. Un pourcentage encore plus important dans les grandes villes (9 % à Bruxelles par exemple).

colocaitonStéphane Hazée, député wallon : « Malheureusement, la colocation est un choix de vie qui est fortement pénalisé par les dispositifs législatifs, administratifs et un vide juridique. Pour les allocataires sociaux par exemple, la perte du statut d’isolé est assassine. La sanction financière est souvent immédiate et toujours absurde : on ne tient pas compte du fait que ces projets de vie à plusieurs font sens, permettent de tisser du lien social ou favorisent une éventuelle réinsertion. »

Une réalité incontournable

Ecolo veut que les choses changent. «La colocation est d’abord une réalité incontournable, qui ne vas pas disparaître. Elle est aussi une réponse collective et pragmatique à la crise du logement et à certaines difficultés sociales et économiques. Or, ces initiatives sont brimées par des règles bureaucratiques tatillonnes et dépassées, notamment au niveau de l’État civil ou même, parfois, de l’urbanisme. Pourtant, la colocation permet d’optimaliser les logements, de lutter contre l’étalement urbain ou d’économiser l’énergie» constate Alain Maron, député bruxellois.

Désormais régionalisée, la loi sur les baux à loyer ne fait jamais mention de la colocation. La rotation élevée des occupants soulève souvent des problèmes importants en matière de garantie locative, d’assurances, de salubrité ou d’état des lieux. Ecolo dépose donc à Bruxelles comme en Wallonie des propositions de résolution qui incitent les gouvernements à fixer un cadre législatif pour rencontrer les difficultés liées à la colocation.

«Il faut offrir des garanties au bailleur comme au colocataire. Une clause de solidarité doit permettre au propriétaire de se retourner vers un seul des colocataires en cas de litige, ce dernier pouvant à son tour se retourner vers ses cohabitants. Nous voulons également créer un pacte de location, un véritable contrat entre colocataires qui réglera tous les aspects de la cohabitation: répartition des loyers et des charges, gestion des départs et des arrivées, règles de vie en communauté…» concluent Stéphane Hazée et Alain Maron.

Par ailleurs, Ecolo-Groen redéposera au Parlement fédéral la proposition de loi relative à la suppression du statut de cohabitant (l’individualisation des droits sociaux).

Pour Ecolo, il y a urgence à garantir les nouveaux modes de vie ensemble, et à profiter de la réforme de l’État pour adapter les législations et les pratiques dépassées.

Stéphane Hazée, député wallon
Alain Maron, député bruxellois

 

Réduction des risques : vers des salles de consommation à Bruxelles ?

Le 28 avril dernier, la Coordination locale drogues Bruxelles (CLDB) organisait une journée de réflexion autour des salles de consommation à moindre risque.

Les différents intervenants (responsables et travailleurs du secteur de l’aide aux personnes souffrant de toxicomanie, chercheur, agents de prévention, représentant de la zone de police ouest en charge de Molenbeek) ont marqué leur soutien à l’ouverture d’une telle salle à Bruxelles. Les évaluations des expériences internationales pointent en effet toutes des avantages considérables. L’impact est bénéfique en matière de santé publique : réduction des overdoses et des comportements à risque, meilleur accès à des soins connexes et à de l’accompagnement. Mais il l’est également en termes de sécurité : diminution de la consommation en rue et des désagréments qui l’accompagnent.

(c) FEDITO

(c) FEDITO

Au niveau fédéral, des propositions de loi légalisant de telles salles ont été déposées en fin de législature précédente (à la signature de différents partis dont Ecolo-Groen) et il y a quelques mois encore (à la signature unique du PS, qui a préféré faire cavalier seul). Le travail parlementaire est en cours : la commission de la Santé, présidée par Muriel Gerkens, est chargée de rendre un rapport à la commission de la Justice avant que celle-ci ne statue.

Ceci dit, la 6e réforme de l’État attribue aux Régions (et la Cocom à Bruxelles) des compétences nouvelles en sécurité et en santé. D’après plusieurs intervenants, cela pourrait rendre plus facile l’installation de salles de consommation à Bruxelles, même sans modification de la loi fédérale. Un dossier qu’Ecolo suivra de près. Il est en effet temps de sortir de l’hypocrisie et de s’engager concrètement sur la voie de la réduction des risques.

Signalétique enfants (non) admis : un scénario complètement ubuesque

Depuis le 1er juillet 2014, ce sont les Communautés (et la Cocom à Bruxelles) qui sont compétentes pour le « contrôle des films ». Ce contrôle est exercé, sur la base d’une législation de 1920 qui, par défaut, interdit tous les films aux moins de 16 ans ! Dans les faits, une commission de contrôle des films donne des visas « enfants admis » à quasiment tous les films, mais sans devoir justifier ses décisions.

Cette commission intercommunautaire est, en réalité, hébergée par la Communauté flamande, bien que sa composition soit linguistiquement mixte et sa tutelle fédérale jusqu’au 30 juin dernier. Rien ne changera avant que les entités exercent de fait leur compétence et se soient mises d’accord via un accord de coopération. Délai prévu : un an !

Signalétique - 16 ansEn compagnie de ma collègue Annemie Maes (Groen), j’ai interpellé, ce mercredi 11 février, Pascal Smet (SPa), ministre en charge de la matière avec Céline Frémault (cdH), a décrit une situation ubuesque. La commission de contrôle ne dispose en effet plus de coordination depuis 2009, la dernière coordinatrice en date ayant pris sa retraite ; la compétence bénéficie d’un seul travailleur à temps partiel et… d’aucun budget. Les membres de la commission, plus d’une centaine, ne se réunissent pas, travaillent de manière entièrement bénévole, sans véritables lignes directrices et ne rendent pas publiques la teneur ni la motivation de leurs avis !!

Pour Ecolo et Groen, il est urgent de mettre en place une politique moderne de signalétique sur les films. L’heure n’est pas à instaurer des interdictions, mais les parents sont demandeurs de balises quand ils doivent décider si tel ou tel film est opportun et adapté pour leur enfant.

Concrètement, il faut rapidement :

– revoir la législation de 1920 en matière de contrôle des films, obsolète et dépassée et… toujours en vigueur ;

– disposer d’une signalétique identique pour toutes les communautés, que ce soit pour le cinéma, la TV ou les DVD, ce qui n’est pas le cas actuellement ;

– mettre en place d’urgence une corégulation du contrôle des films entre les communautés.

« Je suis contre les attentats, MAIS… » : la responsabilité collective de l’inacceptable

Bruxelles, dimanche 11 janvier 2015, 23h00

Des proches, des amis, qui ne veulent pas endosser le « je suis Charlie » et moi, pas complètement à l’aise non plus. Mon voisin, celui dont j’ai déjà gardé les enfants et lui les miens, qui dit à ma compagne que « tout ça c’est du faux, pour nuire aux musulmans ». Les grotesques théories du complot. La multitude de témoignages sur la toile ou dans la vie réelle qui sont des déclinaisons du « on ne peut certes pas tuer des gens comme çà, mais ils avaient dépassé les limites ».

En fait, tout cela me fait peur. Et m’est assez insupportable. Car, au final, rien ne peut justifier un tel acte, de tels massacres. Point. Et l’heure n’est pas, aujourd’hui, à trouver de quelconques circonstances atténuantes.

Alors, s’il est complètement absurde, voire malhonnête, d’exiger de tous les musulmans de se désolidariser d’actes terroristes commis soit-disant en leur nom, mais dont ils ne sont en fait aucunement dépositaires, ni responsables, ce serait néanmoins faire preuve de cécité que de ne pas voir les clivages, les divisions. De ne pas sentir que, dans l’affaire Charlie Hebdo, même entre « progressistes laïques » et « progressistes musulmans », il existe souvent des nuances, pouvant aller du simple bémol à la différence fondamentale d’appréciation.

charlieNous sommes beaucoup à être meurtris. Parce que Cabu, Wolinski et les autres font partie de leur univers culturel, voire celui de leurs parents soixante-huitards. Certes, Charlie Hebdo avait parfois pris un tour désagréable. Une des qualités de la satire ou la caricature, là où sa subversion peut réellement faire bouger les lignes, c’est quand elle s’attaque aux dominants et aux puissants. En s’attaquant à l’islam, une religion déjà discriminée et « mise dans les cordes » en Europe, Charlie avait, à mes yeux et pour le dire platement, déconné. Mais Charlie Hebdo, ce n’est pas que ça, évidemment. C’était une férocité n’épargnant personne, y compris les membres de l’oligarchie. Un certain génie graphique. Un symbole de liberté. Des souvenirs de fou-rires. En apprenant la liste des victimes, la liste de ces dessinateurs, une tristesse immense m’a envahi : on avait aussi tué des parts d’adolescence et d’insouciance, y compris les miennes.

A contrario, pour beaucoup de jeunes musulmans et de musulmans tout court, sans vouloir les amalgamer comme une et une seule communauté qu’ils ne sont pas, l’attentat contre Charlie hebdo est d’abord vu comme un risque. Celui de se retrouver victime non pas collatérale, mais quasi principale de cette affaire. Et difficile de ne pas leur donner raison dans une société belge comme française en pleine « zemmourisation ». Dans beaucoup de cas, l’événement en soi les laisse relativement froids, même s’ils le condamnent. Dans les pires des cas, minoritaires, certains peuvent aller jusqu’à le justifier partiellement.

J’habite dans un des quartiers les plus multiculturels de Bruxelles. Et malgré sa réputation de bien vivre, force est de constater qu’il est un de ceux où les communautés culturelles diverses se côtoient plus qu’elles ne se fréquentent. Ne se connaissent pas ou superficiellement. Ne créent que peu ensemble. Même dans les rares écoles réellement socialement et culturellement mixtes, les associations de parents sont trustées par les «  blancs ». Un quartier duquel partent, j’imagine, de temps en temps, des jeunes risquer leur peau en Syrie au nom d’on ne sait trop quel Islam.

Les signaux d’alertes se répètent et vont crescendo. Et s’il faut sauver la cohésion sociale pour nous éviter de plonger plus encore vers une société parcellisée et l’anomie, il est plus que temps de retrousser nos manches.

Un Islam inclusif, c’est d’abord un Islam accepté

La droite réactionnaire, les De Wever et Destexhe, ne nous sortira pas de ce pétrin. Au contraire, son positionnement qui clive les populations entre-elles, amplifie les peurs, attaque les faibles et défend les forts, est un élément-clef du cercle vicieux qui entraîne la société sur des pentes périlleuses.

En fait, la réponse ne viendra que des progressistes de tous bords. Ceux qui croient à la tolérance et à la recherche de justice, y compris sociale.

Nous devons commencer par combattre la discrimination religieuse. C’est évidemment insuffisant, mais c’est indispensable. Je suis personnellement athée mais je suis convaincu que la mise sous le tapis de la religion musulmane ne nous aidera pas. Le « cachez ce voile (ou cette mosquée) que je ne saurais voir » est contre-productif. C’est le contraire que nous devons faire (1). La religion musulmane doit prendre une place dans la société, en proportion de ce qu’elle représente au sein de la population. Comment demander à une religion d’être elle-même inclusive et tolérante, si nous l’excluons ou en avons peur ? Les Assises de l’interculturalité, tenues en 2009 et 2010, avaient eu le grand mérite de mettre sur la table une série de propositions et de recommandations. Il est temps de les mettre à jour et d’y donner suite.

Pour nombre de musulmans, présents dans les quartiers populaires, on ajoute de la relégation à la relégation : celle vers les écoles les moins bonnes, les quartiers les moins agréables, les logements les plus pourris et, in fine, vers la précarité et ses corollaires. La question sociale est prégnante. Il n’est pas question d’y répondre ici, mais il est urgent d’avoir un plan global visant la mixité sociale et culturelle. Et par exemple, de mettre en débat : une organisation du système scolaire et des modes de financement qui réhabilitent prioritairement l’école comme ascenseur social et lieu de rencontre ; la fin (au moins partielle) des cloisonnements entre les cours des différentes religions et de morale à l’école (cela permettrait au moins de lutter contre la méconnaissance réciproque) ; la mise en place de systèmes permettant de mesurer précisément les degrés de discrimination chez les employeurs (par exemple par des statistiques « ethniques », qui seraient un premier pas pour agir là où la discrimination est avérée) ; des politiques de logements qui garantissent des logements financièrement accessibles et adaptés pour le plus grand nombre dans tous les quartiers (en faisant une priorité de la « socialisation » du parc locatif partout, via du logement social classique, mais aussi via des mesures sur le logement privé)…

On ne peut reprocher du repli sur soi à des personnes qu’on enferme de manière plus ou moins explicite dans des ghettos. La violence symbolique et institutionnelle infligée par la société à nombre de nos populations finit par entraîner de la violence tout court. Nous devons en sortir.

Fermer des prisons

Un mot enfin sur la politique carcérale puisqu’il s’avère que, dans nombre d’affaires, le passage par la case prison a été un vecteur puisant de radicalisation. Osons le dire : dans la plupart des cas, la prison, soit ne sert à rien, soit empire les choses. Les moyens dépensés pour les prisons en Belgique sont énormes et les conditions de détentions exécrables et non conformes à la dignité. La justice doit évidemment pouvoir sanctionner et protéger. Mais le système doit être conçu avec une ligne claire : faire en sorte que la peine n’empêche pas plus encore le justiciable de retrouver une place dans la société. Et pour çà, il n’y a pas de miracle : il faut éviter autant que possible la détention et mettre en oeuvre des alternatives, miser sur l’accompagnement et la formation, sur le suivi…

Je suis de ceux qui ont fait suivre des appels à la tolérance suite aux attentats. J’assume pleinement. Mais ça ne suffira évidemment pas. Nous devons dépasser l’incantation et plonger dans le concret. Comment en sommes nous arrivés là ? Quelles solutions met-on en œuvre, qui soient respectueuses des droits humains, émancipatrices, porteuses de cohésion sociale à terme ? Si les progressistes croyants de toutes confessions et non croyants ne se saisissent pas, sans tabou, de ces questions, alors ils laisseront le champ aux autres. Pour le pire.

(1) Voir par exemple l’excellent texte de François Perl  : « Nous devons oser plus d’Islam »

Quand égalité rime avec individualiser

5+5=10. Arnaud Pinxteren, Barbara Trachte, Alain Maron, Magali Plovie et Catherine Morenville. Nous sommes cinq candidat.e.s à l’élection au Parlement bruxellois ce 25 mai et nous vous présentons, sur 5 semaines, 10 propositions concrètes pour un Bruxelles plus vert et plus juste.

Proposition 4 : L’individualisation des droits sociaux (un cotisant = un droit, un droit = un cotisant)

Maria et Céline ont toutes deux 47 ans et se retrouvent au chômage après 20 ans de carrière ininterrompue. Maria, vivant seule, touche 1277 euros (statut d’isolée). Céline, qui vit en colocation avec une amie, ne touche elle que 789 euros (statut de cohabitante). C’est injuste et, en plus, cette injustice a des effets pervers. En effet, elle pousse certaines familles à se domicilier à deux endroits différents afin de bénéficier de deux allocations à taux isolé.Brosses à dents

C’est le résultat de la non individualisation des droits sociaux. Alors que les cotisations sont perçues de manière individuelle, il n’en va pas de même pour l’octroi des prestations, où la notion de ménage prévaut en cas de chômage, d’allocation pour personne handicapée et de pension notamment. Idem au niveau des aides sociales versées par les CPAS (revenu d’intégration et équivalents). Dans l’absolu, cela met à mal le principe d’égalité, le plus souvent au détriment des femmes : 70% des bénéficiaires du statut cohabitant sont des femmes auxquelles l’Etat nie leur autonomie financière vis-à-vis de leurs compagnons.

Mais au-delà de la discrimination sexuelle, la non individualisation a aussi un coût social et collectif énorme. Elle pousse des familles à se déstructurer, empêche des couples ou des fratries d’organiser des solidarités de proximité, pénalise la colocation, jette la suspicion sur les allocataires sociaux, contribue à la rareté des logements disponibles et freine le développement de formules de logement alternatives. Ainsi, nous avons récemment introduit des réponses innovantes en matière d’habitat dans le code du logement à Bruxelles (habitat groupé, solidaire ou intergénérationnel) mais cette avancée régionale se heurte au statut cohabitant, compétence fédérale.

L’individualisation des droits sociaux, kesako ?

Nous revendiquons donc, depuis de nombreuses années, l’individualisation des droits en sécurité sociale (pension, chômage, invalidité, revenu d’intégration sociale). Cette proposition permet à chaque personne adulte de bénéficier de droits propres, indépendamment de ses liens privés avec une autre personne adulte. Elle vise à tenir compte de l’évolution des familles, à supprimer les actuelles discriminations liées à l’état civil ou à la cohabitation.

Mais pas question pas de laisser sur le carreau celles et ceux qui dépendent du système actuel en leur retirant leurs acquis ! Nous proposons donc d’introduire cette individualisation progressivement, par palier et par catégorie d’âge, avec pour priorité la suppression du statut de cohabitant et un alignement général des allocations sur l’actuelle catégorie isolé. Nous avons déposé une proposition de loi à ce sujet à la Chambre, bloquée jusqu’ici par la majorité. Alors 2014, sortie du frigo ?