Opposition au CETA : le front s’élargit!

Aujourd’hui, la Commission du Parlement francophone bruxellois dédiée aux Relations
Internationales a adopté une proposition de résolution relative à l’accord économique et
commercial global entre l’Union européenne et le Canada, mieux connue sous le nom de
CETA.

Cette proposition de résolution, portée par les députés Catherine Moureaux (PS), André du
Bus (cdH), Emmanuel De Bock (DéFI) et Alain Maron (ECOLO), vise à ne pas accorder les
pleins pouvoirs au Gouvernement fédéral pour la signature du CETA.

stopcetaCet acte se veut une ferme opposition à la ratification d’un accord qui pourrait menacer nos
acquis européens en matière de sécurité sociale, de santé, de service public, des droits des
travailleurs, de protection des consommateurs, de l’environnement, et menacer la capacité
réglementaire des Etats. « Nous ne sommes pas anti canadiens, nous ne sommes pas
opposés au commerce, mais nous pensons que ce texte va trop loin dans la logique du
libéralisme. Tout comme des millions de Canadiens!», déclarent les coauteurs de la
résolution.

Par ce front, les députés bruxellois posent un geste important à la hauteur de l’enjeu qui se
cache derrière ce texte. Ce qui est rejeté, ce sont toutes les tentatives d’autorisation en
Europe de pratiques en vigueur dans un pays partenaire, que les Européens s’interdisent
eux-mêmes de pratiquer, et toute tentative de nivellement par le bas de nos normes.
Et enfin pour rappel, plus de trois millions de citoyens européens, dans une pétition inédite
par son ampleur, ont affirmé leur opposition au TTIP et au CETA, véritable « cheval de Troie »
du TTIP.

Catherine Moureaux
André du Bus
Emmanuel De Bock
Alain Maron

[Pour les rétro actes, et le dépôt de notre propre texte Ecolo au départ, voir cet article.
Nous sommes très heureux du vote d’un texte commun, qui reste fort, au Parlement de la Cocof, soutenu par une « majorité élargie »]

Ecolo obtient que le Parlement francophone bruxellois s’oppose au CETA. Au tour du Parlement bruxellois maintenant !

Ce mardi, ECOLO a officiellement déposé une proposition de résolution « anti-CETA » au Parlement francophone bruxellois. Ce texte demande que le Collège de la Cocof s’oppose à la signature du CETA et refuse des pleins pouvoirs inconditionnés au Gouvernement fédéral pour la signature de ce traité. Un texte calqué sur celui voté par une large majorité du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles la semaine passée.

Capture du 2016-05-13 11:51:02Ce vendredi, en vue du Bureau élargi du Parlement, la majorité PS-CDH-Défi dépose un texte qui n’est que très marginalement différent de notre texte. Nous avons accepté de signer ce texte. Il s’agit en effet d’un signal fort du côté du Parlement francophone bruxellois pour dire NON au CETA, traité qui comporte des risques importants sur les acquis sociaux et environnementaux et qui préfigure le TTIP, le traité UE-USA qui est aussi en discussion.

Depuis juillet, ECOLO-GROEN a demandé à de multiples reprises au Président Picqué (PS) qu’enfin le débat se tienne aussi au Parlement régional bruxellois (assemblée FR et NL). Mais le blocage persiste. Le Ministre-Président Vervoort (PS) a esquivé toutes les questions sur la position régionale. Cette future position de la partie francophone du Parlement est un premier pas pour un positionnement régional global.

ECOLO, dans la foulée de la société civile, se mobilise depuis plus de deux ans pour sensibiliser aux risques de ce traité et pour le combattre politiquement, à tous les niveaux de pouvoirs (Europe, Fédéral, Régions).

Le futur vote de cette résolution au Parlement francophone bruxellois est un jalon supplémentaire posé sur la voie du blocage de ce traité. Nous nous en réjouissons.

Alain Maron, chef de groupe ECOLO Cocof-Cocom
Zoé Genot, cheffe de groupe ECOLO

« Je suis contre les attentats, MAIS… » : la responsabilité collective de l’inacceptable

Bruxelles, dimanche 11 janvier 2015, 23h00

Des proches, des amis, qui ne veulent pas endosser le « je suis Charlie » et moi, pas complètement à l’aise non plus. Mon voisin, celui dont j’ai déjà gardé les enfants et lui les miens, qui dit à ma compagne que « tout ça c’est du faux, pour nuire aux musulmans ». Les grotesques théories du complot. La multitude de témoignages sur la toile ou dans la vie réelle qui sont des déclinaisons du « on ne peut certes pas tuer des gens comme çà, mais ils avaient dépassé les limites ».

En fait, tout cela me fait peur. Et m’est assez insupportable. Car, au final, rien ne peut justifier un tel acte, de tels massacres. Point. Et l’heure n’est pas, aujourd’hui, à trouver de quelconques circonstances atténuantes.

Alors, s’il est complètement absurde, voire malhonnête, d’exiger de tous les musulmans de se désolidariser d’actes terroristes commis soit-disant en leur nom, mais dont ils ne sont en fait aucunement dépositaires, ni responsables, ce serait néanmoins faire preuve de cécité que de ne pas voir les clivages, les divisions. De ne pas sentir que, dans l’affaire Charlie Hebdo, même entre « progressistes laïques » et « progressistes musulmans », il existe souvent des nuances, pouvant aller du simple bémol à la différence fondamentale d’appréciation.

charlieNous sommes beaucoup à être meurtris. Parce que Cabu, Wolinski et les autres font partie de leur univers culturel, voire celui de leurs parents soixante-huitards. Certes, Charlie Hebdo avait parfois pris un tour désagréable. Une des qualités de la satire ou la caricature, là où sa subversion peut réellement faire bouger les lignes, c’est quand elle s’attaque aux dominants et aux puissants. En s’attaquant à l’islam, une religion déjà discriminée et « mise dans les cordes » en Europe, Charlie avait, à mes yeux et pour le dire platement, déconné. Mais Charlie Hebdo, ce n’est pas que ça, évidemment. C’était une férocité n’épargnant personne, y compris les membres de l’oligarchie. Un certain génie graphique. Un symbole de liberté. Des souvenirs de fou-rires. En apprenant la liste des victimes, la liste de ces dessinateurs, une tristesse immense m’a envahi : on avait aussi tué des parts d’adolescence et d’insouciance, y compris les miennes.

A contrario, pour beaucoup de jeunes musulmans et de musulmans tout court, sans vouloir les amalgamer comme une et une seule communauté qu’ils ne sont pas, l’attentat contre Charlie hebdo est d’abord vu comme un risque. Celui de se retrouver victime non pas collatérale, mais quasi principale de cette affaire. Et difficile de ne pas leur donner raison dans une société belge comme française en pleine « zemmourisation ». Dans beaucoup de cas, l’événement en soi les laisse relativement froids, même s’ils le condamnent. Dans les pires des cas, minoritaires, certains peuvent aller jusqu’à le justifier partiellement.

J’habite dans un des quartiers les plus multiculturels de Bruxelles. Et malgré sa réputation de bien vivre, force est de constater qu’il est un de ceux où les communautés culturelles diverses se côtoient plus qu’elles ne se fréquentent. Ne se connaissent pas ou superficiellement. Ne créent que peu ensemble. Même dans les rares écoles réellement socialement et culturellement mixtes, les associations de parents sont trustées par les «  blancs ». Un quartier duquel partent, j’imagine, de temps en temps, des jeunes risquer leur peau en Syrie au nom d’on ne sait trop quel Islam.

Les signaux d’alertes se répètent et vont crescendo. Et s’il faut sauver la cohésion sociale pour nous éviter de plonger plus encore vers une société parcellisée et l’anomie, il est plus que temps de retrousser nos manches.

Un Islam inclusif, c’est d’abord un Islam accepté

La droite réactionnaire, les De Wever et Destexhe, ne nous sortira pas de ce pétrin. Au contraire, son positionnement qui clive les populations entre-elles, amplifie les peurs, attaque les faibles et défend les forts, est un élément-clef du cercle vicieux qui entraîne la société sur des pentes périlleuses.

En fait, la réponse ne viendra que des progressistes de tous bords. Ceux qui croient à la tolérance et à la recherche de justice, y compris sociale.

Nous devons commencer par combattre la discrimination religieuse. C’est évidemment insuffisant, mais c’est indispensable. Je suis personnellement athée mais je suis convaincu que la mise sous le tapis de la religion musulmane ne nous aidera pas. Le « cachez ce voile (ou cette mosquée) que je ne saurais voir » est contre-productif. C’est le contraire que nous devons faire (1). La religion musulmane doit prendre une place dans la société, en proportion de ce qu’elle représente au sein de la population. Comment demander à une religion d’être elle-même inclusive et tolérante, si nous l’excluons ou en avons peur ? Les Assises de l’interculturalité, tenues en 2009 et 2010, avaient eu le grand mérite de mettre sur la table une série de propositions et de recommandations. Il est temps de les mettre à jour et d’y donner suite.

Pour nombre de musulmans, présents dans les quartiers populaires, on ajoute de la relégation à la relégation : celle vers les écoles les moins bonnes, les quartiers les moins agréables, les logements les plus pourris et, in fine, vers la précarité et ses corollaires. La question sociale est prégnante. Il n’est pas question d’y répondre ici, mais il est urgent d’avoir un plan global visant la mixité sociale et culturelle. Et par exemple, de mettre en débat : une organisation du système scolaire et des modes de financement qui réhabilitent prioritairement l’école comme ascenseur social et lieu de rencontre ; la fin (au moins partielle) des cloisonnements entre les cours des différentes religions et de morale à l’école (cela permettrait au moins de lutter contre la méconnaissance réciproque) ; la mise en place de systèmes permettant de mesurer précisément les degrés de discrimination chez les employeurs (par exemple par des statistiques « ethniques », qui seraient un premier pas pour agir là où la discrimination est avérée) ; des politiques de logements qui garantissent des logements financièrement accessibles et adaptés pour le plus grand nombre dans tous les quartiers (en faisant une priorité de la « socialisation » du parc locatif partout, via du logement social classique, mais aussi via des mesures sur le logement privé)…

On ne peut reprocher du repli sur soi à des personnes qu’on enferme de manière plus ou moins explicite dans des ghettos. La violence symbolique et institutionnelle infligée par la société à nombre de nos populations finit par entraîner de la violence tout court. Nous devons en sortir.

Fermer des prisons

Un mot enfin sur la politique carcérale puisqu’il s’avère que, dans nombre d’affaires, le passage par la case prison a été un vecteur puisant de radicalisation. Osons le dire : dans la plupart des cas, la prison, soit ne sert à rien, soit empire les choses. Les moyens dépensés pour les prisons en Belgique sont énormes et les conditions de détentions exécrables et non conformes à la dignité. La justice doit évidemment pouvoir sanctionner et protéger. Mais le système doit être conçu avec une ligne claire : faire en sorte que la peine n’empêche pas plus encore le justiciable de retrouver une place dans la société. Et pour çà, il n’y a pas de miracle : il faut éviter autant que possible la détention et mettre en oeuvre des alternatives, miser sur l’accompagnement et la formation, sur le suivi…

Je suis de ceux qui ont fait suivre des appels à la tolérance suite aux attentats. J’assume pleinement. Mais ça ne suffira évidemment pas. Nous devons dépasser l’incantation et plonger dans le concret. Comment en sommes nous arrivés là ? Quelles solutions met-on en œuvre, qui soient respectueuses des droits humains, émancipatrices, porteuses de cohésion sociale à terme ? Si les progressistes croyants de toutes confessions et non croyants ne se saisissent pas, sans tabou, de ces questions, alors ils laisseront le champ aux autres. Pour le pire.

(1) Voir par exemple l’excellent texte de François Perl  : « Nous devons oser plus d’Islam »

La Cocof complice d’un « peace-washing » d’Israël ?

Ce vendredi, en plénière du Parlement francophone bruxellois, j’ai interpellé Fadila Laanan, Ministre-Présidente de la Cocof par rapport au soutien de cette même Cocof accordé au Brussels Jewish International Film, qui s’est tenu du 28 octobre au 2 novembre dernier. Cette année, l’édition était dénommée « Sous un même soleil » et devait mettre en exergue des exemples de paix ou coopérations entre Juifs et Arabes en Palestine et en Israël.

Problème potentiel, l’événement est sponsorisé aussi par l’ambassade d’Israël et celle des Etats-Unis (et non par l’Autorité palestinienne). Découvrant ce fait, l’UPJB a d’ailleurs retiré son soutien au festival.

sponsor jewish film festivalLe soutien de ces deux ambassades peut laisser à penser que ce festival subit une forme de récupération politique, alors que la situation sur le terrain est catastrophique et que l’Etat israélien porte une responsabilité active dans cette situation. Que vient dès lors faire la Cocof dans cette affaire; les soutiens pouvant laisser à penser qu’on a affaire à une forme de « peace-washing » de la part d’Israël et des USA, nonobstant la qualité artistique des films projetés ? L’intérêt pour Israël étant de se faire une belle image à l’extérieur…

Mme Laanan préfère elle ne pas se poser des questions : « La Cocof soutient le festival parce qu’il est en accord avec ses valeurs ». Circulez, il n’y a rien à voir… Et vive la (soi-disant) paix !

Les Afghans aussi ont droit à la dignité. Vous pouvez agir.

Plus d’une centaine de personnes, des Afghans, résident actuellement dans l’église du Béguinage, en plein centre de Bruxelles, où ils ont trouvé refuge. J’ai eu l’occasion d’y passer un moment aujourd’hui même.

Ils ne manquent ni de vêtements, ni de couvertures. Par contre, la nourriture facile à conserver et à préparer est la bienvenue (ils ont accès à une cuisine une heure par jour).

L'église du Béguinage - 30 novembre

L’église du Béguinage – 30 novembre

Par dessus tout, ils ont besoin de soutien dans leur combat pour obtenir un droit au séjour. Seul ce droit leur ouvrira la possibilité de vivre dans des conditions dignes, d’avoir accès au travail et aux droits sociaux. Un retour dans leur pays en guerre n’est pas une option pour ces personnes, a fortiori avec des enfants.

Des enfants mineurs vivent en effet dans l’église. Ils étaient scolarisés avant que leur parents soient plongés dans la précarité des occupations temporaires de lieux. L’UNICEF Belgique vient d’ailleurs de réagir par rapport à cette situation.

Le site 450 Afghans sans statut fait le point régulièrement le point sur la situation et permet de contacter les occupants . Une pétition sur le site Avaaz permet également d’apporter un soutien, via la mise en avant d’une liste de revendications, dont un moratoire pour les expulsions vers l’Afghanistan, ainsi que l’octroi d’un statut légal pour tous les Afghans déjà présents en Belgique. Une pétition signée par déjà près de 3000 personnes à ce jour !

Un petit film , avec interviews des Afghans du Béguinage peut être vu sur le site Viméo.

Saint-Gilles indignée

Suivant les exemples espagnols, plusieurs dizaines de personnes ont installé un campement sur la place Marie-Janson, appelée aussi « Carré Hôtel des Monnaies », le grand espace qui jouxte le Parvis. Au coeur de leurs revendications : une démocratie plus participative et un changement des modèles économiques qui guident l’action des gouvernements et les instances internationales (FMI, Banque mondiale, etc.).

Ils organisent des assemblées, débats, animations (y compris pour enfants),…

N’hésitez pas à y passer : le dialogue y est vite noué avec les participants !