Quartier du Midi : il faut maintenant sortir des plans mégalos et impliquer les habitants !

A l’occasion d’un débat en commission Développement territorial ce 16 novembre, nous avons appris, de la bouche de Rudi Vervoort, Ministre-Président de la Région, que la SNCB a renoncé à investir dans les abords de la gare du Midi. Il y aura 80 millions pour modifier l’intérieur de la gare et les quais, mais rien pour l’extérieur.

Concrètement, rien ne se passera au niveau des « quadrilatères », les grands espaces qui se trouvent sous les voies qui sont surélevées entre la gare et la petite ceinture. Les choses resteront en l’état. Bien sûr, la SNCB pourrait, pour la énième fois, changer d’avis, mais nous pensons qu’il ne faut pas trop tabler là dessus. Car la rénovation de ces espaces coûterait cher, mais aussi aussi pour des raisons de sécurité : si un jour un problème devait survenir dans un de ces espaces, sous les voies, cela pourrait entraîner le blocage de la moité du trafic train du pays, qui passe par là !

midi-tourLe Ministre-Président a également annoncé que le schéma directeur Midi, approuvé en janvier dernier, serait transformé en PAD – Plan d’aménagement directeur-, un nouveau dispositif, avec force réglementaire, prévu dans le futur Cobat (Code bruxellois d’aménagement du territoire) annoncé pour dans quelques mois. Il y a donc une possibilité de revoir le schéma et de lancer un véritable processus participatif. Le futur PAD doit être plus réaliste, plus opérationnel, plus connecté à la réalité que le Schéma directeur, qui est dépassé dès sa naissance.

Alors que faire ? Depuis des années, nous réclamons que le schéma directeur Midi se recentre sur des objectifs réalistes, ne soit pas un plan megalo, incertain et qui mettra 20 ans à être réalisé, comme les plans précédents (les PPAS antérieurs « Picqué » de 1992/1995, désastreux d’un point de vue urbanistique, sont seulement en phase d’achèvement). Nous plaidons pour un Plan qui mise sur les réaménagements d’espaces publics qui sont de maîtrise régionale et pour lesquels la Région dispose de budgets, y compris via Beliris. Que la Région agisse là où elle maîtrise les choses et rapidement ! Un plan qui ne s’appuie pas de manière excessive sur des éléments extérieurs très incertains, comme les intentions des promoteurs privés ou encore celles des filiales immobilières de la SNCB… La Région doit sortir de la dépendance et avancer. Le quartier du Midi ne doit pas redevenir un énorme chantier de 20 ans, soumis à des plans délirants. Misons sur de nouveaux aménagements de l’avenue Fonsny, de l’esplanade de l’Europe, de la place Horta, de la petite ceinture (passage entre esplanade de l’Europe et Boulevard du Centre) qui fassent la part belle aux déplacements piétons, aux transports en commun de surface, à l’art urbain, à la mixité des fonctions, à la verdurisation ! Ces espaces sont actuellement horribles, il faut d’urgence des aménagements dignes du 21ème siècle.

Nous demandons également que la Région renonce à creuser une trémie tram au milieu de l’avenue Fonsy. Le tram 81 doit rester en surface et passer soit par la rue Couverte, comme actuellement, soit par la rue de l’Argonne pour traverser les voies. La mise en souterrain se justifie d’autant moins qu’on sait maintenant que SNCB n’investira pas dans la rue couverte et son prolongement, les quadrilatères. L’idée de faire un « chemin piéton » sous les voies, de la gare, via la rue couverte, vers la petite ceinture, est à l’eau… autant donc contribuer à y faire passer le tram.

Par ailleurs, notons que le projet pharaonesque de nouvelle gare internationale souterraine au Midi et de nouvelle jonction Nord-Midi est aussi abandonné par la SNCB.

Alain Maron,
député régional

Quartier du Midi : La Région prête à passer de l’urbanisme des années 60 à celui des années 80 !

Le fuite en avant est coulée dans le bronze : des dizaines de milliers de mètres carré de bureaux supplémentaires sont confirmés (en commençant par 70.000 pour le promoteur Atenor et son projet « Victor »), des tours et des barres de logements placées souvent « au chausse-pied » en dépit du bon sens, le « vidage » et même la destruction pure et simple de grands immeubles n’ayant que 15 ans, un nouveau tunnel et une trémie tram qui va balafrer l’avenue Fonsny qui n’est déjà pas la voirie la plus qualitative de la Région…

photo MidiLa Région bruxelloise confirme ses intentions concernant l’avenir du quartier du Midi, traduites dans un « schéma directeur ». C’est ce qui ressort clairement des réponses de Rudi Vervoort à mon interpellation et celles de mes collègues au Parlement ce jeudi 20 avril.

En fait, on a l’impression que, aux différents plans particuliers d’affectation (PPAS) de 1996 pour la zone Midi, toujours pas complètement achevés d’ailleurs et dignes d’un urbanisme des années ’60, succèdent un schéma et de futurs plans dignes d’un urbanisme des années ’80 ! Du pur « top-down » désincarné, mal fagoté, mal gouverné, où l’intérêt général est quasi totalement dans l’ombre de la promotion privée et publique (celle des filiales de la SNCB). On est reparti pour 20 ans de coulage de béton au rythme des promoteurs et sans que les pouvoirs publics ne se donnent, eux, véritablement les moyens d’investir.

Du pur style béton-bureaux

Dans le « worst of » des confirmations…

– Pour que les navetteurs puissent venir travailler en voiture dans les nouveaux bureaux… on confirme la construction d’un parking près du ring, puis l’instauration d’une nouvelle navette STIB entre ce parking et le quartier du Midi. Un comble alors que la justification de l’augmentation de densité dans le quartier est qu’il est le principal nœud de communication en transports en commun du pays !

– Pour l’essentiel, on construit d’abord les bureaux et le logement ensuite : le PDG d’Atenor a été très clair sur ses intentions sur sa parcelle, mais le phasage du schéma prévoit lui aussi globalement la priorité au bureau.

– Le financement des réaménagements d’espaces publics n’est pas clair. Il est vraisemblable qu’il reposera surtout sur les charges d’urbanisme issues des permis pour faire les bureaux. Sans bureaux, donc, pas ou moins d’espaces publics refaits… On annonce la création d’une société mixte en charge des espaces publics mais tout en nous disant que cette société de sera là que pour « coordonner » et qu’il n’y aura pas d’argent qui transitera par elle (mais alors pourquoi monter une société ? Et puis il faudra bien la doter d’un capital de départ…).

– On a quand même trouvé de l’argent public… pour creuser un nouveau tunnel. Les trams qui arrivent par Fonsny seront reliés à la petite ceinture par ce tunnel, alors que des solutions alternatives de surface sont possibles, pour autant d’accepter que le tram traverse une moitié de petite ceinture et d’y réduire la pression automobile. Mais non, on va balafrer l’avenue Fonsny avec une trémie qui la rendra encore plus moche et mettre en œuvre une solution souterraine hyper coûteuse et longue à réaliser.

La Région aurait par ailleurs obtenu confirmation que la SNCB investirait 80 millions dans la rénovation de la gare. C’est déjà çà. Mais tout le monde reconnaît que ce montant est insuffisant pour une véritable mise à niveau de la plus importante gare du pays et ne concerne nullement les abords. C’est le service minimum…

Alors rêvons… D’un accord entre SNCB et Région, conscientes de l’enjeu collectif lié à la gare et ses abords. D’une volonté réelle de rattraper les erreurs du passé (les plans Picqué des années ’90). D’une attention particulière aux habitants, à la convivialité, à la rencontre, à la mixité réelle des fonctions, aux déplacements actifs. De gestes clairs dans la direction d’une ville où on miserait d’abord sur la qualité de vie, même dans un quartier comme celui-là. D’un schéma qui ne miserait pas sur le béton mais sur une densification raisonnée et raisonnable. Bref, d’un urbanisme du 21ème siècle comme on le trouve dans de plus en plus de ville dans le monde… Utopique ? Peut être. Mais sans doute moins absurde et déconnecté des réalités d’aujourd’hui que ce qui est sur la table de la part de la Région.

 

 

Des éléphants blancs au Midi ?

La Région se dote d’un nouveau schéma directeur pour le quartier du Midi. Il est très ambitieux, avec de gros projets. Mais plusieurs d’entre eux semblent problématiques. Il y a surtout l’impression que les moyens ne suivront pas, et que beaucoup d’éléments ne se réaliseront pas. Ce schéma risque de devenir un cimetière d' »éléphants blancs », ces réalisations publiques d’envergure, souvent plus coûteuses que bénéfiques, ou ne répondant pas à des besoins réels.

Ca y est… Le gouvernement régional a approuvé la première mouture d’un nouveau « schéma directeur » pour le quartier du Midi fin avril, qui a été présenté fin juin au Parlement régional par le Bureau d’étude qui l’a réalisé. Objectif: transformer le quartier en deux phases d’ici 2020 et 2025/2030. On en reprend pour 15 ans, donc. Au moins.

Pour rappel, le quartier a déjà été massivement transformé par les Plans particuliers d’affectation du sol (PPAS) de 1992 et 1996… qui ne sont pas encore tout à fait concrétisés, par ailleurs.

Rattraper les erreurs du passé récent

Le menu présente, ceci dit, des éléments intéressants :
– une révision complète des espaces publics avec une bien meilleure attention à leur qualité globale et leur praticabilité pour les piétons;
– une refonte complète de la « rue couverte » qui passe sous les voies de chemin de fer, ainsi que des « quadrilatères », la grande zone sous ces voies;
– une place pour les vélos (pistes cyclables nouvelles et grand parking vélo);
– une « verdurisation » via plantation massive d’arbres (avec quand même des questions pratiques concernant les espaces massivement et très intensivement occupés par le marché du Midi tous les dimanches… Ces arbres risquent d’être rapidement abîmés);
– une ré introduction d’équipements collectifs (équipements culturels, de jeunesse,…).

Fonsny 2015Il est vrai que la situation actuelle, issue des PPAS des années ’90, ne peut perdurer. Les espaces publics sont médiocres, dangereux, indignes des abords de la principale gare du pays et porte d’entrée de la capitale de l’Europe pour les voyageurs internationaux. L’Agence de développement territorial (ADT), un organisme régional, l’a elle-même diagnostiqué dans sa note d’orientation pour le quartier de 2012.

Rentabiliser le foncier et donc faire rentrer des mètres carrés au chausse-pied

Le groupe privé Atenor, propriétaire d’une parcelle près de la tour du Midi, veut la rentabiliser, en construisant le maximum de mètres carrés. D’où le projet « Victor » avec 3 tours, dont la plus haute est juste un peu plus basse que la tour du Midi (150 mètres de haut). Ce projet est globalement validé par le schéma directeur, même si le nombre de mètres carrés de bureaux est légèrement revu à la baisse au profit du logement (60.000 m² de bureaux pour 37.500 m² de logement, soit 62 % de bureaux quand même !)

schéma Midi 2015Le projet valide aussi les projets de bureaux de la SNCB, le long de l’avenue Fonsny. Et, « en compensation », des tours de bureaux du côté de la rue de France.

Au total, si on accumule les projets, on en arrive à un nombre total de mètres carrés de bureaux qui oscille entre 182.000 et 251.000, et entre 195.500 et 228.000 m² de logement. Soit un total qui varie entre 380.000 et 480.000 m². A mettre en parallèle avec les 300.000 m² issus des PPAS des années ’90 et toujours pas entièrement finalisés !

A noter que l’essentiel des projets de bureaux arrivent en phase 1 (avant 2020) tandis que l’essentiel des projets de logement sont relégués en phase 2 (2025-2030). Autant dire que, si on est quasi sûrs que le projet Victor d’Atenor se fera, les projets de logement sont, à ce stade, assez hautement hypothétiques. C’est d’autant plus grave que si on désire « rendre vie » à ce quartier, il y aurait lieu de commencer par le logement et les équipements collectifs. Les bureaux en plus ne vont améliorer en rien la situation d’un quartier qui manque de vie de façon générale , mais surtout en soirée et le week-end.

Par ailleurs, les implantations et les gabarits prévus posent question dans bien des cas. On a souvent l’impression qu’on a fait rentrer les immeubles « au chausse-pied ».

Un impact économique inconnu

Lors de l’audition des auteurs de projets, nous avons essayé de savoir si des études avaient été effectuées pour mesurer l’impact de la mise sur le marché de telles surfaces supplémentaires de bureaux, mais aussi de commerces (qui seront implantés dans les quadrilatères et au « pied » des divers projets de tours). La réponse fut négative.

Les 300.000 m² pour l’essentiel de bureaux et hôtels construits dans la cadre des PPAS antérieurs ont mis quasi 20 ans à être réalisés puis absorbés par le marché. Quid cette fois-ci, vu le contexte économique ? Quant aux commerces, ne vont-ils pas concurrencer ceux du centre-ville, mais aussi ceux qui existent déjà dans la zone midi et les autres noyaux commerciaux de Saint-Gilles et Anderlecht ? On navigue à vue…

On entend d’ailleurs déjà que, si la SNCB construit ses nouveaux bureaux, elle délaissera ceux qui se trouvent au coin Mérode-Fonsny-rue d’Angleterre , réalisés il y a 15 ans dans le cadre du PPAS Fonsny 2, et qui se retrouveront vides sans nécessairement trouver preneurs…

L’avenue Fonsny balafrée

Le schéma directeur valide aussi une très ancienne marotte de la STIB: la mise en souterrain des trams, en creusant une trémie (une entrée de tunnel) avenue Fonsny. Le tram partant ensuite  vers la station STIB souterraine Gare du Midi, puis la future station souterraine Constitution, avant de remonter sur la petite ceinture, direction du Canal.

Le « balafrage » de l’avenue Fonsny est une catastrophe urbanistique. Cette avenue est déjà peu sympathique aujourd’hui , mais avec de nouveaux immeubles de hauts gabarits installés sur le talus, plus une trémie au milieu, il y a fort à parier qu’elle devienne carrément glauque et encore plus difficile à franchir par les piétons (notamment tous ceux qui sortent de la gare par le couloir sud). Rappelons que cette avenue est un des axes d’entrée/sortie de Bruxelles, mais également qu’elle est habitée sur un très large tronçon. Cette décision est d’autant plus mauvaise qu’il existe des solution alternative en surface, en faisant passer le tram par la rue d’Argonne, là où elle passe sous les voies.

Par ailleurs, le schéma prévoit que le niveau de pression automobile dans le quartier ne diminue pas. L’objectif est simplement de la maintenir au niveau actuel, pourtant assez insupportable. Et pour y arriver malgré les milliers d’utilisateurs en plus de la zone, il est question de construire un parking de délestage près du Ring (non prévu dans les plans du gouvernement par ailleurs) et de mettre en place une navette spéciale entre ce parking et le quartier du Midi. Une idée un peu folklorique quand on sait les besoins cruciaux d’investissement en transports en commun par ailleurs, au profit des navetteurs, mais aussi des Bruxellois (qui ici n’y gagneraient rien).

C’est un vrai schéma, réaliste et crédible, qu’il faut

Le schéma directeur sous sa forme actuelle repose en partie sur du sable. Par exemple, le projet de gare internationale de la SNCB n’y figure pas. Si la SNCB devait s’engager dans ce projet, cela remettrait en cause le phasage mais aussi une partie du contenu de la phase 2 du schéma.

Par ailleurs, les intentions de la SNCB ne sont pas claires concernant ses projets immobiliers et les projets sur son propre foncier (excepté le travail sur les quadrilatères, qui semble acquis). L’époque est à la réduction des risques financiers et la contraction des investissements publics.

Une partie des réaménagements d’espaces publics seront financés par les charges d’urbanisme et dépendent donc de la délivrance de permis… dont les demandes ne seront peut être jamais déposées.

Je plaide pour un schéma directeur « resserré », centré essentiellement sur les espaces publics et la création parcimonieuse et urbanistiquement intelligente de logements et équipements collectifs, avec des objectifs réalistes et un calendrier qui soit crédible.

Ce schéma-ci, adopté par le Gouvernement, semble principalement fait sur mesure pour des projets immobiliers à la fois incertains et à l’utilité publique hasardeuse. Sans compter des options de mobilité tout simplement mauvaises.

Il faut passer à autre chose, sous peine de rééditer les erreurs du passé et risquer de soumettre à nouveau le quartier à 25 ans d’errements et de traumatismes.

Ne pas crier Victor !

La commission de concertation de l’enquête publique pour le projet Victor aurait dû se tenir fin mai. Mais, suite à une décision unilatérale de la commune de Saint-Gilles, cette réunion de la commission n’a pas été convoquée et l’enquête publique dans son ensemble a été annulée. La demande de permis est donc maintenant « suspendue » dans un vide juridique. La commune ne pouvant normalement pas, d’autorité, décider de ne pas mener à bien une enquête publique requise par les procédures. Ce n’est pas du tout prévu par le Cobat (Code bruxellois de l’aménagement du territoire). Et impossible de délivrer ou refuser un permis sans que l’enquête publique ait été menée à terme.

capture VictorPour rappel, le projet Victor, porté par le promoteur Atenor, consiste en l’érection de trois tours (dont une de 150 m de haut) et un plus petit immeuble, juste à côté de la tour du Midi à proximité directe de la gare du Midi. L’affectation demandée est de 100.000 m2 de bureaux pour 6.000 m2 de logements seulement (qui plus est, des studios, pour l’essentiel). Quelques rez commerciaux sont également au programme. Le projet a fait l’objet d’une étude d’incidences de 900 pages.

Picqué fait du zig-zag entre les tours

La « mise au frigo » de ce projet est de prime abord une bonne nouvelle. Depuis le départ, le projet suscite une forte opposition de la part des comités de quartier et des associations (voir les pages « Victor » d’IEB, du Codes et du comité de quartier « L’ombre des tours »). Avec la locale de Saint-Gilles, je me également suis toujours opposé à ce projet : trop de bureaux (alors qu’il y a pléthore de bureaux dans la Région et manque de logements; risque de « zone morte » le soir et le WE quand les bureaux sont fermés,…), gabarits disproportionnés par rapport aux quartiers environnants, projets à évaluer au regard de tous les autres projets dans la zone et nécessitant d’être inscrit dans une panification globale, etc. J’avais fait le point fin 2011 sur Victor et les enjeux dans la zone dans cet article.

Bonne nouvelle, donc. Le permis pour Victor ne sera pas délivré. En tout cas à court terme. Mais la manière pose question. Lors du débat que j’ai amené au Conseil communal le 23 mai dernier, en interpellant le Collège, le Bourgmestre a tout à fait assumé : la commune de Saint-Gilles ne veut pas instruire le dossier, alors que la Région s’est lancée dans l’élaboration d’un schéma directeur pour toute la zone Midi, dont on attend les conclusions pour dans quelques mois. Quitte à être en porte-à-faux par rapport aux procédures légales. Un revirement pour le moins étrange: jusqu’ici, la commune de Saint-Gilles a fortement soutenu le projet Victor, notamment en abrogeant le PPAS (Plan particulier d’affectation du sol) « France », ce qui a eu pour effet de diminuer les contraintes sur les gabarits, ainsi que sur les obligations en logements. Un tapis rouge pour Victor… On peut supputer sur les raisons qui ont amené à ce changement de cap, mais notons néanmoins que celles qui sont mises en avant officieusement et officiellement, comme l’insuffisance de logements dans le projet et la nécessité d’attendre un plan global pour le quartier, sont celles des opposants au projet depuis le départ. Or, la commune rabroue ces opposants et a laissé filer les procédures depuis près de deux ans… Par ailleurs, Saint-Gilles ne va pas jusqu’au bout de sa nouvelle logique; si c’était le cas, elle aurait mené la procédure à son terme et refusé le permis, ce qu’elle s’est bien gardée de faire.

L’autorité du serpent Kaa

Notons encore que ce permis doit être délivré à la fois par la commune de Saint-Gilles et celle d’Anderlecht, le projet étant à cheval sur ces deux communes. Et, du côté d’Anderlecht, d’après les réponses fournies à l’interpellation de mon collègue Ecolo Philippe Debry, on ne voit pas les choses de la même manière: la majorité PS-MR veut, là, faire avancer le projet et relancer une nouvelle enquête publique rapidement.

Quoi qu’il en soit, une extrême vigilance reste de mise. Charles Picqué, serpent Kaa à ses heures, excelle dans les techniques d’endormissement des contestations. Et les récents revirements saint-gillois pourraient être vus comme tels.

Le quartier du Midi boit le calice jusqu’à la lie

Lors du Conseil communal de ce jeudi 14 décembre, j’ai à nouveau interrogé le Collège sur les atermoiements dans la gestion urbanistique du quartier du Midi. La situation des immeubles toujours debout dans la zone circonscrite par les rues Mérode, Claes, Norvège et Suède est en effet calamiteuse et source de nombreux problèmes. Le quartier subit depuis 20 ans les plans d’aménagement régionaux et communaux et les dernières opérations se passent, comme d’habitude, de manière peu humaine et respectueuse pour les riverains. La Commune et la Région n’auront décidément rien réussi à faire correctement dans ce quartier !

Les maisons, qui ont été expropriées par la Région et dont on a chassé les habitants, pourrissent sur pieds depuis des mois : fenêtres cassées, toitures trouées, … le spectacle est désolant. Ces maisons sont aussi squattées, alors qu’elles n’ont plus ni eau, ni chauffage, ni électricité et qu’elles tombent en ruines. Vu la destruction des maisons qui se trouvaient rue de Norvège, l’îlot est ouvert et l’accès à l’intérieur de ces maisons est rendu très facile par l’arrière ; en fait, l’espace est impossible à sécuriser depuis les démolitions partielles.

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Expropriées pour les laisser pourrir

Effondrements, squats et trafics

Ces squats posent problème. D’abord pour la sécurité au sein des bâtiments même : il y a pour les occupants des risques d’effondrement partiel, mais aussi d’incendie, des feux étant régulièrement allumés pour se chauffer ou comme éclairage de fortune. Ces maisons semblent par ailleurs être devenues depuis longtemps des lieux de trafics en tout genre, ce qui engendre une insécurité réelle dans le quartier, dont se plaignent régulièrement et légitimement les riverains.

A l’occasion du Conseil communal, j’ai donc demandé au Collège des Bourgmestre et Echevins où en étaient les procédures urbanistiques en cours, des permis étant déposés par des sociétés régionales en vue de détruire les maisons et construire de nouveaux immeubles. Je voulais aussi savoir comment la Commune effectuait le suivi des chantiers. La responsabilité de la Commune est d’autant plus engagée que la situation actuelle est le résultat du plan particulier d’affectation du sol (PPAS) « Fonsny 1 » approuvé par la Commune de Saint-Gilles en 1992 déjà et toujours en vigueur, qui visait à changer profondément le quartier, en rasant le tissu existant (logements, commerces et petites industries pour l’essentiel) au profit de 300.000 m² de bureaux, ainsi qu’au profit d’hôtels et, accessoirement, de logements.

Le juridique avant l’humain

J’ai également posé des questions sur les mesures prises pour améliorer la sécurité. En insistant sur le fait qu’il serait sans doute opportun de faire abattre les maisons encore debout. Non seulement parce qu’elles sont dangereuses, mais qu’il semble en plus impossible de pouvoir en récupérer, ne fût-ce que des parties, en vue de les rénover, vu leur état.

Le Collège a répondu que des chantiers seraient mis en oeuvre dans les prochains mois (même si, pour certaines parcelles, les permis ne sont pas encore déposés). Par contre, il refuse de faire abattre les maisons dangereuses, arguant d’un risque de recours (sans être capable d’identifier de qui il pourrait venir…). La Commune dispose de rapports de police qui indiqueraient que la situation ne serait « pas si grave » vu que dans les maisons « il n’y a pas de familles ni d’enfants ». Le fait que des êtres humains transitent ou vivent dans ces maisons dans des conditions plus qu’indignes ne semble pas les émouvoir outre mesure. Au niveau de la sécurité dans le quartier, la situation serait « sous contrôle »… alors que les témoignages des riverains indiquent tout le contraire : intimidations, agressions, trafics, …

Au final, le groupe Ecolo-Groen a bien dû constater que la Commune préférait se prémunir de tout risque juridique dans ses actions, mais semblait gravement sous estimer les risques humains et sociaux. Nous serons là dans les prochains mois pour les leur rappeler de manière régulière. Et si un accident grave devait survenir, nous ne manquerons pas de les rappeler à leurs responsabilités.

NB : TéléBruxelles a consacré un reportage à la situation à la suite de notre question au Conseil communal. Le visionner via cette page.

La future gare du Midi est sur les rails, la Région regarde passer les trains

Ce mercredi 21 mars, le collectif Jonction a organisé une soirée d’information-débat autour de l’avenir de la gare du Midi.

A cette occasion, Mr Bourlard de la SNCB Holding (un homme étiqueté PS et cheville ouvrière de la gare Calatrava à Liège), ainsi que Mr de Limburg, de la filiale immobilière Eurostation de la SNCB, ont présenté leurs projets concrets de transformation de la gare du Midi et de ses abords.


Comme déjà expliqué en détail dans un précédent article, la SNCB prévoit, à terme, de construire 250.000 m² de bureaux nouveaux au Midi (en plus des 100.000 m² du projet Victor du groupe privé Atenor) : une partie le long de l’avenue Fonsny et une autre dans un bâtiment en forme de V sur la gare même. Les premiers permis de la SNCB ne porteront cependant pas sur ces bureaux. Les pontes de la SNCB ont en effet annoncé pour « très bientôt » des dépôts de demandes de permis d’urbanisme concernant le réaménagement de toute la zone des « quadrilatères », l’espace entre la gare et la petite ceinture, avec l’avenue Fonsny à l’est et le Boulevard de l’Europe à l’ouest. La SNCB veut ouvrir les espaces sous les voies, rapprocher l’entrée de la gare du centre-ville, modifier radicalement la rue Couverte et faciliter les connexions avec le tram pour les usagers de la gare. Des plans qui semblent améliorer considérablement la situation actuelle, il est vrai désastreuse. Un gros point noir cependant, la volonté de la SNCB de fermer les futurs passages, avec galeries commerçantes, par rapport à la rue, alors qu’un des enjeux est d’ouvrir cette gare refermée sur elle vers l’extérieur et de faciliter plus les connexions piétonnes avec les quartiers environnants.

Le batiment prévu sur Fonsny au coin avec rue CouverteAutre bémol : à ce stade, il n’y a toujours pas d’accord explicite entre la Région et la SNCB concernant les abords de la gare. Le Gouvernement régional a en effet chargé son Agence de développement territorial (ADT) de réaliser un schéma directeur concernant l’avenir de toute la zone. Pour ce faire, l’ADT a consulté toutes les personnes ayant déjà travaillé sur le dossier, ainsi que les acteurs concernés, dont la SNCB. Le document de l’ADT, promis pour janvier passé, semble prêt, mais n’a toujours pas été discuté au niveau du Gouvernement régional. Il est donc, selon toute vraisemblance, dans les mains du cabinet Picqué qui le « peaufine » avant de le soumettre à discussion. Mais la SNCB, elle, n’attend pas : ses premiers permis d’urbanisme vont être déposés. Le schéma régional, censé planifier, arrivera donc… après les demandes de permis !

Outre les abords et les bureaux, la SNCB annonce aussi un projet de réaménagement complet de l’intérieur de la gare. Objectif : améliorer les circulations internes de la gare, qui sont pour le moment déplorables, améliorer les connexions vers les transports en commun et, enfin, améliorer les connexions piétonnes vers le centre-ville ainsi que la « lisibilité » et la visibilité dans le gare. Mais ces travaux-là ne sont pas encore planifiés. Pas demain la veille, donc.

Midi : toujours l’heure des tours et des bureaux

Le groupe Atenor a déposé un permis d’urbanisme pour un très gros projet de promotion immobilière dans le quartier du Midi. « Victor », le nom dont Atenor a affublé son bébé, consiste à l’érection de trois tours et un immeuble de plus petite taille, sur un terrain juste derrière la tour du Midi et l’immeuble « Tintin ». Ce sont les communes de Saint-Gilles et Anderlecht qui doivent délivrer le permis, le terrain concerné étant à cheval sur les deux communes. La tour la plus haute monte à 150 mètres de haut et le projet prévoit plus de 100.000 m² de bureaux, pour seulement 6.000 m² de logement.

Le projet Victor du groupe Atenor
La filiale Eurostation de la SNCB a, elle aussi, de grands projets pour le quartier du Midi. Si on s’en réfère aux informations officielles et aux présentations publiques, il s’agirait de construire au-dessus des voies, à hauteur de la gare, un immeuble en forme de V de 120 m de haut, qui hébergerait 100.000 m² de bureaux lui aussi. Mais, Eurostation a également dans ses cartons une imposante barre d’immeubles de 550 mètres de long pour 150.000 m² de bureaux, le long de l’avenue Fonsny, dans le prolongement du bâtiment anciennement occupé par le tri postal. Au total des projets Eurostation : environ 250.000 m² de bureaux, un peu de commerce et d’activités annexe. Pour emballer le tout, Eurostation a fait appel à un architecte de renom, le français Jean Nouvel. L’idée : vendre une opération de pure promotion immobilière comme un « geste architectural fort ». Bruxelles méritant un bâtiment emblématique, à l’image des opérations menées sur les gare d’Anvers-Central et Liège-Guillemins. Problème : ici, il ne s’agit pas d’un véritable projet de gare, mais de projet sur et autour de la gare, apportant peu de plus-value aux usagers du train.

Les filiales SNCB prévoient aussi de construire des tours de logements de luxe le long de la rue de France, à l’emplacement actuel de vieux immeubles de bureaux SNCB. Ces tours seraient plus hautes que l’actuelle tour du Midi.

Une partie du projet Jean Nouvel d'Eurostation

Au total, avec la bénédiction des pouvoirs publics, ce sont donc plus de 350.000 m² de bureaux supplémentaires qui sont prévus.

A mes yeux, il est temps que la Région fasse réellement entendre sa voix dans ce dossier avec comme fil rouge les points suivants :
– Un équilibre des fonctions plus… équilibré. Les projets antérieurs de bureaux dans le quartier (300.000 m²) ont mis 20 ans pour se réaliser ; le besoin est actuellement non pas de doubler cette surface, alors que plus d’un million de m² de bureaux sont vides dans la Région, mais de promouvoir le logement et les équipements collectifs.
– Des objectifs de densité raisonnables. Il faut que l’afflux de nouveaux travailleurs et habitants soit supportable pour le quartier et ses équipements.
– Une attention particulière à l’aménagement des espaces publics autour de la gare. Pour le moment, ils sont laids, dangereux, médiocres. L’avenue Fonsny, la petite ceinture et le boulevard Jamar sont autant d’obstacles à des circulations piétonnes (et même en transport en commun) vers le centre-ville, Saint-Gilles et Anderlecht.
– Une gestion de la mobilité qui doit donner priorité au confort et à la sécurité des usagers faibles (piétons, cyclistes) et aux usagers des transports en commun.

J’ai déjà interpellé Charles Picqué sur ces questions à plusieurs reprises au Parlement. J’ai également introduit des remarques lors de l’enquête publique relative au cahier de charges de l’étude d’incidences du projet Victor (dont certaines ont été entendues). Je ne manquerai évidemment pas de faire un suivi rapproché dans les mois et années à venir !